Identités asiatiques LGBTQ+

Augustin

Je suis Augustin, je viens de Chine, et maintenant je suis étudiant dans une université française depuis 7 mois. Je suis né dans un village de montagne dans la province du Fujian au sud-est du pays. À propos de mon orientation sexuelle, je m’identifie comme gay, mais cette auto-identification et l’acceptation de moi-même ont pris beaucoup de temps.

Je ne pense pas avoir passé une enfance « normale », bien qu’elle paraisse normale et heureuse selon mes parents et mes proches qui ne sont pas au courant de ce qui s’est passé pendant plusieurs années. Les familles de mes oncles et de mes tantes sont très proches de la mienne, on se réunissait souvent à l’occasion des fêtes, j’adorais ces réunions familiales, mais trois de mes cousins me causaient des soucis. Ces cousins maternels me faisaient des fois de grosses blagues, et d’autres fois des actions qui me gênaient. Quand je me trouvais avec eux en l’absence d’autres proches, ils m’emmenaient dans une chambre, la porte fermée et la lumière éteinte, ils me forçaient à les embrasser sur la bouche et ôtaient mes habits… Entre mes 5 ans et mes 11 ans, chaque année la même chose pouvaient m’arriver plusieurs fois. Par peur, je n’osais pas en parler à mes parents ni à mes autres proches, cela est devenu un secret pendant plusieurs années. Quelque chose d’identique se déroulait aussi à l’école primaire : des garçons plus âgés que moi me raillaient à cause du fait que j’étais efféminé, après les cours à la fin de la journée, ils me poussaient parfois au coin du bâtiment pour m’embrasser, ils me déshabillaient et se déshabillaient aussi, et puis ils frottaient leurs pénis contre mes fesses, à l’abri des murs qui entouraient ce coin. Malgré cela, je considérais que ce n’était qu’un jeu méchant entre garçons, je n’avais pas associé leurs actes à du harcèlement. Menacé par ces gars, je n’osais pas dire aux enseignants ce qui s’était passé entre nous, et avec le temps, je pensais que c’était normal, il ne fallait pas être délicat.

J’ai déménagé avec ma mère dans la petite ville où se situe la mairie de notre commune à l’âge de 9 ans. Cependant, je n’étais pas content de ce déménagement, parce que l’atmosphère de ma nouvelle école primaire me paraissait pire. Si j’ai subi des railleries et du harcèlement dans mon ancienne école, dans la nouvelle, j’ai ressenti de l’hostilité, qui semblait principalement causée par mes comportements efféminés. Les garçons de ma classe semblaient moins bienveillants, pour « vérifier » ma masculinité, ils me forçaient à ôter mes linges afin de voir ce qu’il y avait dans le caleçon, si je ne leur obéissais pas, ils me frappaient.

Ainsi, je pensais que je détestais les garçons, du coup, je cherchais à m’approcher des filles, alors qu’elles me raillaient elles aussi en disant que je n’étais ni garçon ni fille. C’est pourquoi, à partir de cette année-là, je me suis sous-estimé et je me suis isolé de mes camarades, seuls ceux qui semblaient aussi « bizarres » aux yeux de la majorité m’acceptaient.

Durant les années de collège, je continuais à avoir une opinion négative de moi-même, malgré ma performance excellente au niveau scolaire. Je n’avais que quelques seuls amis avec qui je n’entretenais que des liens faibles. En première année de collège, sur Internet, j’ai vu par accident une photo de deux hommes à moitié nus qui s’embrassaient. Cette photo m’a rappelé le « jeu méchant » entre les garçons et moi, et je me suis rendu compte que l’image du visage et du corps des hommes m’attiraient beaucoup plus que celle des femmes, même si au début de l’adolescence, j’étais aussi curieux de connaître des détails des femmes. Sur Internet, j’ai découvert pour la première fois le terme « homosexualité », mais je refusais d’accepter de m’identifier comme homosexuel. J’ai lu un livre d’éducation psychologique distribué par le collège, il y était expliqué : les adolescents peuvent avoir des sentiments amoureux pour les personnes du même sexe, mais par la suite ils nourriront de l’attirance pour les personnes du sexe opposé. Du coup, je croyais que j’allais tôt ou tard être attiré par les filles. Cependant, les hommes m’attiraient de plus en plus, à tel point qu’en première année du lycée, je me sentais un peu désespéré.

Pourquoi ce désespoir ? Parce que mes parents et les proches me disaient que l’homosexualité est dégueulasse, et surtout mes proches paternels qui ont été influencés à la fois par le conservatisme culturel de notre région (ne pas avoir de descendants est considéré comme un péché grave) et par les pensées chrétiennes évangéliques (mes grands-parents sont des chrétiens pieux, ayant vécu plusieurs années avec eux, je me sentais attaché aux valeurs qu’ils m’avaient apprises. Le prêtre de notre paroisse évangélique disait souvent que l’homosexualité est la cause de la chute de la civilisation hellénique classique, et dans la société contemporaine, elle est un signe de la décadence des mœurs avant la fin du monde.). J’ai ressenti le fardeau qui s’appesantissait de plus en plus sur mon esprit. À l’âge de 16 ans, j’ai eu ma première expérience amoureuse avec un garçon du même lycée, mais cette relation fut éphémère. On a eu des contacts sexuels par curiosité, c’était la première fois pour chacun. Un mois après, il m’a proposé de mettre fin à cette relation parce qu’il se croyait être hétérosexuel – le synonyme d’être « normal » selon la plupart des gens de notre région. Les mois qui ont suivi me semblaient longs et douloureux, mais avec le temps, je suis arrivé à me concentrer de nouveau sur mes études. Je m’obligeais donc de penser chaque jour à des filles pour qu’un jour je sois attiré par l’une d’entre elles, mais je n’ai jamais atteint ce but. En revanche, certains garçons ont attiré mon attention. Je me forçais à garder le contrôle, avec la pression des études, je me disais parfois que la vie était déprimante, l’idée du suicide me survenait souvent, mais j’ai choisi d’attendre la fin du lycée. Si je pouvais être admis dans une université excellente, je ne le ferais pas, si j’échouais, je repenserais à le faire. Heureusement, pendant la dernière année du lycée, je pensais moins à ce sujet, parce que j’ai progressé beaucoup dans mes études, et finalement, j’ai réussi à entrer dans une université à Pékin pour étudier une langue étrangère.

À Pékin, j’ai intensifié mes efforts pour « tuer » ma tendance homosexuelle – je croyais que je pourrais être attiré par les filles et non par les garçons si je priais tous les jours et participais régulièrement aux activités de l’église. Au début du deuxième semestre de la première année universitaire, j’ai eu des sentiments intenses pour un garçon hétéro de l’université. Ces sentiments me torturaient, pour les fuir, le jour, je me chargeais des devoirs scolaires après les cours, et le soir, je continuais à étudier ou allais à l’église pour retrouver les membres du groupe. Mais avant de dormir, ces sentiments me revenaient et m’empêchaient de m’endormir facilement.

Égaré dans le paradoxe entre la croyance religieuse et mon homosexualité, j’ai tenté de trouver une autre solution – adhérer à un groupe chrétien bienveillant envers les LGBTI. Pendant les vacances d’été, sur Internet, j’ai réussi à contacter le responsable d’un groupe de chrétiens LGBTI situé dans la capitale de notre province, et quelques jours plus tard, j’ai participé à leur réunion dominicale. Après mon retour à Pékin, grâce à l’aide du coordinateur de ce groupe, j’ai adhéré au groupe des chrétiens LGBTI de Pékin. Cette adhésion m’a beaucoup aidé à parvenir à accepter ce que je suis, je ne pensais plus à changer mon orientation sexuelle – à moins que Dieu me conduise à faire ce changement. Désormais, je ne me sens plus coupable d’être gay, en revanche, je considère mon orientation comme un cadeau venant de Dieu qui me rend différent et créatif. J’ai donc fait mon coming-out à l’université, à certains de mes anciens amis, et à une de mes cousines. Durant le temps de ma vie associative au sein de ce groupe, j’ai même trouvé un copain, notre relation a duré un an, mais à cause de divergences graves, nous nous sommes séparés. 

J’ai effectué 6 mois d’échange à l’étranger pendant ma troisième année, et après l’obtention du diplôme à l’issue de ma 4ème année de licence, je suis venu en France.

L’étude de l’histoire et des cultures ici me rendent de plus en plus ouvert d’esprit. J’ai eu une relation avec un gay musulman – ma première relation « interconfessionnelle » et « internationale » — qui n’a duré que 6 mois. Malgré des peines ressenties pendant la relation, je me trouve plus mature moralement parlant. Mon ex-copain est pessimiste pour son futur – en tant que gay issue d’une culture très conservatrice, il a peur que cela nuirait à sa relation avec sa famille et avec ses amis, il pense se mettre à l’écart de la communauté LGBTI et rester seul toute sa vie ; mais moi, bien qu’attristé par son pessimisme, je crois que je pourrais trouver un équilibre entre ma vie personnelle et mes relations avec ma famille, et pourtant, je crois à l’amour – non seulement l’amour de soi-même, l’amour entre un couple, mais aussi l’amour universel. C’est pourquoi je veux m’engager dans le futur dans les affaires caritatives pour aider les minorités marginalisées par la société.

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